Délégationde l’Isère

Logement-hébergement : la trêve hivernale, une mesure indigne

La trêve hivernale s’achève le 31 mars, reconduisant des personnes sans hébergement et sans logement à la rue. Armelle Guillembet, responsable du département « De la rue au logement » du Secours Catholique-Caritas France, explique pourquoi il est urgent de mettre fin à cette logique saisonnière.

Lors d'une tournée de rue du Secours Catholique.

publié en mars 2015

D’après un sondage de la société À vendre à louer, 84 % des Français estiment que la trêve hivernale est une mesure humaine. Pourquoi le Secours Catholique la juge-t-elle au contraire indigne ?

Les personnes en difficulté n’ont pas besoin d’un hébergement ou d’un logement uniquement en hiver. C’est une attention qu’il faut avoir toute l’année !

La fin de la trêve hivernale entraîne la fermeture de places d’hébergement et donc la mise à la rue de personnes en difficulté. Elle se traduit également par l’exécution d’expulsions locatives, suspendues pendant l’hiver, qui génère une exclusion encore plus forte et accroît la précarité des personnes.

Malgré les annonces de la ministre du Logement, Sylvia Pinel, qui avait notamment demandé aux préfets de trouver des solutions d’hébergement pérennes pour éviter les remises à la rue, on ne parvient pas à sortir de la logique du thermomètre. Le même scénario se reproduit chaque année inlassablement. C’est indigne !

Le plan pluriannuel de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale a-t-il permis des avancées ?

Le rapport d’évaluation de la deuxième année de mise en œuvre du plan, rendu par François Chérèque au Premier ministre le 26 janvier dernier, fait part de nombreuses avancées dans ce domaine mais désigne l’hébergement et le logement comme le point noir de ce plan. Par exemple, alors que les associations, dont la nôtre, avaient demandé un travail plus conséquent sur la prévention des expulsions locatives, les derniers chiffres disponibles montrent qu’il n’y a jamais eu autant de décisions de justice ordonnant l’expulsion de locataires, estimées à 120 000 en 2013.

Comment les bureaux locaux du Secours Catholique-délégations appréhendent-ils cette fin de trêve hivernale ?

Les délégations sont très préoccupées et restent sur le qui-vive, comme chaque année. Les équipes s’attendent à recevoir plus de personnes vivant à la rue et à répondre à toutes les problématiques que cela induit. Les bénévoles accompagnent les personnes, notamment celles qui sont sous le coup d’une expulsion locative, dans leur recherche de logement. Elles constituent des dossiers Dalo et tentent de trouver des solutions d’hébergement pour les personnes à la rue.

Autres initiatives : la délégation des Hauts-de-Seine a créé avec d’autres associations un observatoire citoyen sur le logement pour faire état des besoins dans ce domaine. Les délégations de Marseille et Aix-en-Provence travaillent à la question des sorties de bidonville. Et celle de Guyane est très active quant à l’expulsion de personnes vivant dans un squat tandis que la trêve pluviale est en vigueur (de mars à juillet).

Par ailleurs, certaines délégations participent au plan départemental pour l’accès à l’hébergement et au logement des personnes défavorisées (PDAHLPD) dont l’objectif est d’assurer une meilleure concertation entre acteurs et une répartition de l’offre globale de services d’accompagnements vers et dans le logement sur un même territoire.

Enfin, notre réseau est très fortement mobilisé dans l’interpellation des politiques et la sensibilisation du public à cette question. Les délégations du Secours Catholique ont activement participé à la Nuit solidaire avec les personnes sans abri le 12 février dernier dans de nombreuses villes de France, et à la mobilisation Dalo devant l’Assemblée nationale le 5 mars à Paris.

Propos recueillis par Clémence Véran-Richard

Source : article publié le 30 mars 2015 sur le site web national du Secours Catholique-Caritas France

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