Délégationde l’Isère

Gérard et Hortense, un duo engagé

Depuis plus de deux ans, Gérard et Hortense, bénévoles au Secours Catholique, accompagnent ensemble des familles roms dans l’agglomération grenobloise. Pourquoi font-ils cela ? Comment le vivent-ils ? Ils racontent leur engagement.

Gérard et Hortense, un duo engagé

publié en septembre 2017

« Notre duo est apparu par hasard, on ne s’est pas cherchés, précise Gérard. Mais ça se passe très bien. » Cela fait maintenant un peu plus de deux ans que Gérard Hudault, 72 ans, et Hortense Peyret, vingt ans de moins, sillonnent ensemble l’agglomération grenobloise à la rencontre des familles roms.

En cet après-midi du mois de décembre, les deux bénévoles du Secours Catholique arrêtent leur véhicule devant un petit immeuble en crépi blanc. Dans cet ancien logement de fonction de La Poste vivent depuis 2012 Daniel, Gina et leurs quatre enfants.

« Ouais ! Super ! Les voilà ! » Trois petites têtes brunes dépassent d’une fenêtre ouverte au premier étage. « Je crois qu’ils nous aiment bien », dit en riant Hortense.

Comme tous les mercredis après-midi, elle vient avec Gérard « passer du temps » avec cette famille originaire de Roumanie, converser en français avec les parents, jouer et travailler avec les enfants.

Aujourd’hui, Daniel n’est pas là, il travaille toute la journée. Gina prépare un café en discutant avec Hortense. Dans le salon, Gérard s’arrache les cheveux en essayant d’installer l’antenne qu’il a apportée pour la télévision.

« Je le laisse gérer, s’amuse Hortense. Il est beaucoup mieux organisé pour ce genre de choses. » Pour sa part, elle préfère les échanges. « Hortense est un peu comme ma mère. On se dit tout », confirme Gina.

Ce que la jeune femme apprécie particulièrement chez les deux bénévoles, c’est le côté désintéressé de leur démarche. « Il n’y a pas de mauvaise curiosité. On les sent sincères. »

Présence humaine

Le reste de la semaine, Gérard et Hortense se rendent dans d’autres campements et squats que comptent la ville et ses alentours, parfois juste pour apporter une présence humaine lors d’une expulsion.

« On suit des familles à tous les niveaux, explique Hortense. De celles qui sont “par terre” à celles qui, comme Gina et Daniel, sont en bonne voie d’insertion. » Et de préciser : « C’est important de voir des gens qui s’en sortent. C’est moins désespérant. »

Le plus difficile à vivre, considère Gérard, « c’est cette espèce de jeu de massacre que constitue la fermeture d’un camp. Plus que des cabanes, on détruit à chaque fois une stabilité, des repères, une vie sociale, toute une organisation collective. »

Ce discours, il ne l’aurait sans doute pas tenu deux ans et demi plus tôt. « Mais après avoir rencontré ces familles, avoir été accueilli chez elles avec énormément de gentillesse et d’amabilité, avoir vu tant de courage, d’ingéniosité et de compétences mises en œuvre, on n’a plus la même analyse de la situation et des solutions à apporter », assure cet ingénieur à la retraite.

Contrairement à Hortense qui a pris l’initiative de l’accompagnement des familles roms il y a une dizaine d’années, Gérard est venu progressivement vers ce type d’action. « C’est un peu la suite logique de mes engagements au Secours et la réponse à un appel ressenti au plus profond de moi. »

Des engagements qui ont failli tourner court après une première expérience peu concluante. « Une connaissance m’a proposé de participer à “Repas et Partage” dans le sud de la ville. »

À l’époque, le Secours Catholique ne l’attire pas vraiment : « Je m’en étais fait une image fausse, un peu vieux jeu. » Il s’y rend tout de même par curiosité. « C’était surtout des personnes âgées, ça ronronnait un peu. J’ai failli arrêter. »

On lui propose alors de faire la même chose, mais au centre-ville. « Là, c’était un autre public, plus varié, avec des personnes âgées isolées, mais aussi des gens à la rue, des toxicomanes, des alcooliques… Je m’y suis senti bien, j’ai continué. C’est ce premier contact avec des personnes marginalisées qui m’a permis d’aller plus loin. »

« On devient bénévole pour aider, on le reste par plaisir, pour la joie des rencontres »

Ses débuts dans les bidonvilles auprès des familles roms n’a pas pour autant été évidents. « Je n’étais pas très à l’aise, je me demandais un peu ce que je faisais là. » Hortense, estime-t-il, a alors joué un rôle primordial. « Elle a une aisance et une familiarité qui brisent rapidement la glace. Et puis, seul j’aurais eu tendance à être dans une démarche d’aide. Hortense, elle, a horreur de ça. Du coup, ça change assez vite la nature de la relation avec les familles. »

« Je ne me donne aucune mission, surtout pas celle de changer le monde », tient à souligner Hortense, qui a longtemps participé à la coordination de l’Accueil familial de vacances dans l’Isère. « J’ai juste envie d’avoir un regard humain sur toutes ces personnes. Ce qui ne veut pas dire être naïve. L’accueil et le goût des autres, c’est mon truc. »

En fait, « on vit avec ses familles sans se dire qu’on va trouver une solution », résume Gérard. « Tant mieux si on peut aider à débloquer une situation, mais ce n’est pas l’objectif premier. »

Leur objectif : simplement être là, accompagner, partager les difficultés… comme les bons moments. « Et il y en a beaucoup, insiste Hortense. Ce sont des gens qui font aussi la fête, qui savent s’amuser. » Tous deux disent éprouver une grande satisfaction. « Ce sont des moments de la semaine qui sont très forts. » Après réflexion, Gérard conclut : « On devient bénévole pour aider, on le reste par plaisir, pour la joie des rencontres. »

Benjamin Sèze

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